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21 mai, 2014

De l’utilité de l’inutile

parterreverbal @ 19:58

De l’utilité de l’inutile, Nuccio Ordine suivi de Manifeste de Abraham Flexner. Editions Les Belles Lettres

Je ne sais s’il apparaît utile de confier ce que peut être l’inutile dans une société pour laquelle la futilité est la raison d’être : beauté, mode, cinéma, télévision, réseaux sociaux, publicité, etc. Et ce constat représente plus que de l’inutile mais un fléau contre lequel même les plus sérieuses études scientifiques, révélant leur danger potentiel à l’égard du développement de l’enfant mais également de la nécessaire et permanente lucidité de l’adulte face aux problèmes de société, se révèlent inefficaces et inentendues. Je cite au hasard quelques livres : Beauté Fatale de Mona Chollet, Le livre noir de l’agriculture d’Isabelle Saporta, Les dettes illégitimes de François Chesnais, Facebook de Julien Azam etc., auquel le lecteur pourra se référer s’il en ressent le besoin…

Un phénomène m’échappe pourtant et contre lequel bien peu se liguent. Je veux parler de la publicité, laquelle fait les beaux jours des réseaux sociaux, du cinéma, des événements sportifs, de la télévision. Sans elle, que seraient toutes ces sociétés comme Google, Facebook et autres fausses vitrines, puisqu’elles ne doivent leur succès, non pas à la création d’emploi, à la contribution de la richesse commune, mais à la vente d’espaces publicitaires, qui seront plus d’autant chers que davantage de malheureux individus se seront créés des profils, auront utilisé tel moteur de recherche, se seront inscrits sur telle page web ! Nous en sommes tous plus ou moins là, selon notre degré d’implication dans l’espace internet et audio-visuel ! Cette société marchande repose sur la facticité publicitaire et dès lors que celle-ci serait éliminée, nous retrouverions le désir de l’inutile. Mais qu’est-ce que l’inutile ? Pour la plupart des gens, l’inutile est vraiment inutile, dans tous les sens du terme, bien évidemment car tout ce qui touche à l’art, la poésie, la musique, la lecture n’est là que pour distraire, pour passer le temps. Certains ont fait de la peinture un jeu spéculatif, achetant ou vendant des œuvres pour leur propre satisfaction. Comme la publicité, cette spéculation sur les œuvres d’art devrait être interdite afin de remettre au service de l’espace public ces créations.

Alors qu’entend-on réellement par inutilité ? Pour reprendre le terme de Nuccio Ordine, c’est le savoir : « Le savoir constitue en effet en lui-même un obstacle au fantasme de toute-puissance qui anime l’utilitarisme et l’accumulation de l’argent ». Ce savoir est celui de la « connaissance » qui permet de réfléchir sur soi-même, sur les autres, de prendre pied dans ce monde qui nous entoure et de ne pas l’accepter comme tel, mais de rester lucide et vaillant pour combattre l’inutile que les hommes de pouvoir veulent nous contraindre à accepter. Il me vient à l’esprit en écrivant ce court texte que l’UNESCO décide que tel lieu ou tel bâtiment sera considéré comme relevant du patrimoine mondial et qu’en conséquence il faudra préserver pour les générations futures. Intention louable, mais aujourd’hui ne serait-il pas temps de considérer la terre comme un sanctuaire inviolable ? L’utilité, enfin, se révélerait !

Mais revenons à notre livre, que l’auteur a composé en trois parties : « La première est consacrée au thème de l’utile inutilité de la littérature ; la deuxième, aux conséquences désastreuses de la logique dans le domaine de l’enseignement, de la recherche et des activités culturelles en général ; dans la troisième, quelques brillants exemples repris aux siècles précédents. » Nuccio Ordine s’est appuyé tout au long de son manifeste sur des textes classiques, pour la plupart, en les étayant d’une explication de sa part. Cette manière de faire, pour autant que les citations soient nombreuses et intéressantes, est décevante car elle n’apporte pas un éclairage nouveau sur les délitements de la société. L’erreur pour moi a été de prendre ces exemples comme autant d’axiomes indiscutables et de les appliquer sur chaque page de ce livre, un peu comme certaines paroles inscrites sur le fronton de monuments. Ce livre fait trop catalogue et ma déception a été d’autant plus forte que j’attendais un discours plus incisif et une volonté de montrer un autre chemin. Mais las, je n’ai rien lu de cela, qu’un constat aussi vieux que les citations de nos illustres penseurs cités par l’auteur. Louable intention que ce pamphlet qui ne l’est que trop peu. A l’instar de l’auteur, et en cela je lui suis gré, je sollicite pour tous le droit au savoir gratuit et permanent !

Toutefois, le manifeste, bref et concis d’Abraham Flexner, est plus convainquant. L’auteur montre comment peut être source de progrès le désintéressement et que, sans ce dernier, la civilisation actuelle n’aurait pas été ce qu’elle est, d’un point de vue scientifique et technique. Aujourd’hui, plus rien n’est conçu ni recherché avec ce même recul intellectuel, mais au contraire, tout est fait pour que la rentabilité soit au bout du projet. Cela détruit la spontanéité, l’intuition, voire l’intelligence du chercheur. Nous en sommes là désormais et si je regrette que ce livre ait manqué d’envergure, j’en souligne pas moins l’utilité de le lire. Cela ne pourra que renforcer l’intérêt de l’inutile.

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