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21 mai, 2014

Départ volontaire

parterreverbal @ 19:59

Départ volontaire, Jean-Luc Debry. Editions Noir et Rouge.

J’avais parlé précédemment de Jean-Luc Debry pour son livre « Le cauchemar pavillonnaire », essai pour le moins caustique sur la classe moyenne. Ce roman, présenté ici, est celui d’un autre cauchemar, que beaucoup de travailleurs connaissent : l’exclusion ! J’emploie ce terme, car il n’y en a pas d’autres pour parler du chômage endémique qui sévit actuellement sur la planète, de la pauvreté qui s’accroît dans tous les pays, de la misère qui s’étend sur toute la surface du globe. Cette histoire est celle d’Odile, employée comme tant d’autres dans une société depuis plusieurs années, voire décennies et qui a toujours effectué son travail avec conscience et rigueur. Mais le libéralisme, à travers ceux qui le représentent, a fait table rase sur tout ce qui avait fondé une communauté, qu’elle soit citoyenne, syndicale, ou ouvrière. Cette fraternité qui existait a été balayée pour assouvir l’appétit de quelques-uns et faire rayonner pour le malheur de tous, l’individualisme. Odile se trouve donc confrontée, comme nombre de ses collègues, a ces nouveaux « toqués » du capitalisme sauvage, pour lesquels seule l’excellence doit être récompensée. Le reste n’étant bon qu’à jeter sur le trottoir. Elle ne sait pas, même si elle le pressent que cette machine broie tout sur son passage, et que ses bourreaux d’aujourd’hui seront les prochaines victimes de celle-ci puisque l’homme a ses faiblesses que le temps finit par dévoiler. La machine, elle, continue. Et Odile, comme d’autres, sera confrontée à cette douleur de succomber sans rien pouvoir faire. La solidarité n’existe plus et ceux qui voient leur collègue exclue soupirent d’aise. Ils savent pourtant fort bien que leur tour viendra, alors qu’une solidarité sans faille et un esprit de combat feraient ralentir la machine, voire la stopperait ! Mais nous n’en sommes pas là, malheureusement, et sans doute la situation présente n’est-elle pas assez exaspérante pour que le peuple descende dans la rue !?

Jean-Luc Debry conte avec talent, dans un style dépouillé, alerte, cette descente aux enfers d’Odile. Certes sa situation, celle de ses collègues semble parfois relever du cliché, mais ceci est pourtant une réalité ou qui tend à le devenir : la solitude se renforce tant au travail que dans la vie personnelle de chacun. Au travers de ces pages, l’auteur ne manque pas d’humour, non sur la tragédie qui se prépare autour d’Odile, mais par les références actuelles au paysage politique et économique de la société. « La princesse de Clèves » est ainsi citée au détour des pages, ce qui nous renvoie à « L’utilité de l’inutile » que nos gouvernants, d’hier et d’aujourd’hui, considère néfaste pour eux. Si le peuple se réanimait au contact du savoir, sans doute trembleraient-il !? Ainsi nous n’entendrions plus, ou ne lirions plus de telles absurdités comme celle-ci : « la meilleure nounou, c’est encore la télé », dixit le directeur de la chaîne privée TF1. A se demander s’il l’a dit dans un esprit frondeur ou s’il croit à cela !? Je penche pour la seconde hypothèse, car si l’intelligence était présente en cet homme, il ne serait pas ce qu’il est aujourd’hui, un suppôt du libéralisme !

En lisant « Départ volontaire », vous ferez preuve de lucidité ! Il ne faut pas croire qu’Odile soit seule aujourd’hui, ou que la descente aux enfers des travailleurs soit terminée ! Bien au contraire, tout porte à croire que cela ne cessera pas et qu’aucun répit n’est à prévoir tant que le capitalisme n’aura pas tout écrasé. A nous de le stopper de la manière qu’il conviendra à chacun, mais ne nous voilons pas la face, ce ne sera que par une guerre sans merci que le meilleur pourra advenir !

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