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30 janvier, 2010

Etre de gauche

parterreverbal @ 15:59

Cette question est, à la fois, éminemment insidieuse et chatoyante car elle fait autant appel à l’introspection qu’au regard tourné vers l’extérieur. Il est donc important de savoir par quel bout la prendre et par quels chemins on arrivera à apporter une réponse cohérente et suffisamment exhaustive pour que rien ne soit perdu au fil du discours ! Il va sans dire que je ne peux écarter aucune des idées qui me viennent à l’esprit même si elles me semblent superflues ou sans agrément particulier quant au résultat envisagé. D’abord pourquoi suis-je de gauche ? Me suis-je déjà posé la question ? Oui très certainement, non sous ces termes mais par rapport à mon quotidien, pour lequel je ne puis écarter l’influence de mes idées sur la façon de me comporter. Certains se fabriquent deux voire plusieurs visages, pour ma part un seul me suffit. Bien entendu cette expression « être de gauche » n’a vraiment de signification que dans le champ restreint de notre société française et occidentale, et si l’on est d’accord sur le fait que les partis politiques se ressemblent à l’instar des sociétés qu’ils gouvernent !

Préalablement, il me semble nécessaire de définir ce terme de « gauche », car il est très récent. En effet, je crois que ce mot n’était pas dans le langage usuel, si je puis dire, lorsque l’on parlait de politique. Il était plus courant de dire, je le suppose, que l’on appartenait au groupe des Jacobins, à la famille des Communards, au parti communiste, que l’on était membre de
la SFIO etc. Cela signifiait quelque chose de bien établi, de précis, de défini. Bien entendu, la révolution a institué au départ, et par hasard, pourrait-on dire, cette représentation entre la gauche et la droite, mais ce n’est que lors de ces trente dernières années que ce terme a pris son essor, pour notre grand malheur politique ! La « gauche » a pris le pouvoir en 1981 et c’est à ce moment-là que les appartenances se sont diluées, se sont fondues, non dans la masse, mais dans le consensus socialiste de l’époque pour permettre à ces gens qui n’étaient plus tout à fait socialistes (certains l’ont-ils été ?) d’enclencher leur politique de sape de l’idéologie de gauche. Syndicalistes et intellectuels de cette gauche se sont alors « liquéfiés » petit à petit jusqu’à oublier leur appartenance à
la Gauche, donnant l’impression d’oeuvrer pour le bien de tous mais, en fait, laissant les mains libres au pouvoir socialiste idéologiquement corrompu par le capitalisme. Les mots comme les idées ont alors perdu de leur sens, se sont éloignés de leur origine, et autant que les êtres l’ensemble est devenu ce qu’il est aujourd’hui, une pâte fade et édulcorée dans laquelle on mélange tout : les publicitaires pour vendre leurs produits parlent de fraternité, de joie de vivre ; les politiciens pour maintenir les avantages des classes riches parlent de solidarité ; les industriels pour licencier parlent d’égalité… Aujourd’hui, il ne reste donc plus que ce terme de gauche sur lequel on s’interroge, puisque toutes les idéologies , ou presque, ont été remisées ou réinsérés à la mode libérale !

Quoi qu’il en soit, je ne crois pas que l’on puisse répondre à cette question sous le sens de l’hérédité, de la transmission des gênes, voire même de l’environnement dans lequel on a été élevé. Certes tous ces facteurs, s’ils n’apparaissent pas comme déterminants, ont, je le pense, influencé partiellement l’activité cérébrale échue à chacun d’entre nous. Toutefois, il me semble que l’on peut éliminer les gênes comme cause efficiente car en ce qui me concerne, je n’appartiens pas à une famille profondément ancrée à gauche, même si du côté paternel, quelques velléités communistes ou anarchistes se sont manifestées ! Et, entre nous, peut-il exister un gène de gauche ? Ce terme est trop général pour qu’il subsiste en tant que témoin héréditaire. Etroitement lié, ou en correspondance directe, le milieu familial dans lequel on a été élevé apporterait davantage de précisions sur la nature de notre inclinaison politique. Mais comme je l’ai dit je n’appartiens pas à une famille de tradition révolutionnaire ou simplement contestataire. Seulement, le débat était ouvert au sein de la famille et le contexte d’une vie très simple, parfois difficile, ont constitué ce que je ne puis négliger comme un ferment pour mes futures aspirations dites de gauche. Les discussions étaient ouvertes, parfois électriques. L’esprit était donc en alerte. Cette alerte a donc propagé en moi le sens de la réflexion et de la critique. D’ailleurs il me semble que ce n’est pas l’étude qui induit un comportement mais l’influence subie au cours de son enfance ou de son adolescence, et pas seulement familial ! Bien entendu, il est nécessaire, comme on dit, de conceptualiser ces pensées qui nous viennent, et tout ceci resterait lettre morte si l’esprit ne se mettait pas en mouvement pour connaître autant la vie poétique, que philosophique et politique de l’humanité. La sphère familiale a donc joué un rôle, politique là, mais qui n’est pas si fécond que cela quand par exemple je me pose cette même question à propos de la poésie : pourquoi suis-je poète ? Et dans ce cas, je ne trouve aucun environnement propice à cette envie d’écrire des poèmes, tant familial que scolaire ou autre ! Rien ne me permet de parler d’une influence. Dans ce cas précis, on peut dire qu’elle est nulle !

En conséquence, si je suis de gauche, c’est en grande partie à cause de moi-même ! Je ne dis pas « grâce » car cela voudrait dire que j’ai été maître de mon destin, ce qui n’est pas vrai, même si on agit, notre action n’est pas toujours entièrement déterminante. J’en resterai là pour les souvenirs de famille lesquels sont juste là comme alibi de « gauche ».

Il a donc fallu que je trouve entre mes pensées et l’existence un terrain favorisant mon esprit de gauche et que je comprenne ce que cela voulait dire. Bien entendu, il ne suffit pas de dire « je suis de gauche » pour qu’on le soit. Les exemples sont nombreux démontrant qu’on peut se dire de gauche sans pour autant que cela ait une véritable signification. La première réponse qui me viendrait, c’est d’écrire que pour être de gauche, il est nécessaire d’avoir l’esprit critique. Je ne philosopherai pas sur ce mot, mais d’un point de vue politique et social, il me semble que celui qui a cet « esprit critique » ne se permet pas d’accepter sans argument quelconque décision. On aura remarqué que dans la société actuelle, on ne fait pas cas ni des causes ni des conséquences d’une décision. On donne l’impression que tout est de l’ordre de l’urgence et donc d’une nécessité absolue pour faire accepter tout et n’importe quoi ! Celui ou celle qui ne dispose pas d’un recul suffisant, d’une maturité intellectuelle engagée se laisse facilement piéger par le discours de la classe dominante. L’esprit critique n’est pas non plus celui de la contestation permanente, car on sait qu’aujourd’hui tout esprit contestataire est très vite récupéré par le pouvoir et banalisé par les médias. Je pense donc que l’esprit critique est celui qui active à la fois les causes et les conséquences d’une décision, sans demeurer à la marge de ce qui relève de l’expectative et du simple jeu de mots. On a affaire désormais à une société dans laquelle la vitesse est une des composantes essentielles. Cette vitesse s’exprime aussi bien en termes techniques que philosophiques : d’une part tous les échanges s’accélèrent, que ce soient sur le plan des marchandises, des transports, des constructions etc. ; d’autre part, la vitesse s’exprime aussi dans l’esprit consumériste, que ce soit sur le plan des choses qu’il faut sans cesse remplacer, ou sur le plan social, puisque plus rien n’est constant, mais en mouvement déstabilisateur. On parle donc d’adaptation, de remise à niveau, de réinsertion etc. Enfin sur un plan humain, les conditions relationnelles se sont dégradées, non parce que l’être humain ne possède plus les qualités d’entraide, de respect, d’attachement, et donc de critique, mais parce qu’on lui a ôté le temps pour mettre ces dites-qualités en pratique. L’homme est donc de plus en plus seul et sans aucune perspective critique à tenir puisqu’il est privé de temps !

Le second élément déterminant repose sur l’acte créateur. L’acte créateur, comme il l’a été déjà décrit, est avant tout un acte de résistance et en ce sens il a sa place à gauche, telle qu’on la situe aujourd’hui. Créer désormais relève de la pure inconscience et de l’influence négative dès lors que cette création n’entre pas dans la voie consensuelle déterminée par le pouvoir. On a beau entendre ici ou là qu’un tel a l’esprit rebelle, qu’il est le nouveau meneur de la jeunesse, ceci est le plus souvent une caricature et a pour but de dévoyer ce qu’est la véritable création. A l’instar de l’esprit critique, l’esprit créateur a besoin de temps et de recul, ce que la société présente ne veut plus lui offrir. Elle a besoin de l’acceptation de tous, de la participation de tous, du désintéressement de tous pour les affaires. Bref elle veut que chacun lui donne les pleins pouvoirs, enfin quand je dis la société, il ne s’agit en fait que de ceux qui détiennent le pouvoir ou de ceux qui luttent contre ceux-là pour leur prendre le pouvoir. Etre philosophe, poète, écrivain, peintre, c’est être hors du temps présent, c’est refuser la vitesse, c’est échapper au consensus, c’est se soustraire à l’opinion générale. Une oeuvre ne peut se bâtir que dans le silence et la séparation, dans le temps et la liberté, dans la solitude et la critique, dans l’intelligence et la culture. On pourrait de ce dernier gloser davantage sur l’acte créateur, car si la culture est un élément important, elle n’est rien si elle n’est pas portée par le souffle de la critique. Je ne suis certes pas le premier à écrire que la création est un acte de résistance et qu’en conséquence il se situe contre ce qui se fait. Mais je voudrais préciser que cet acte n’est pas destructeur, comme le pouvoir voudrait le faire croire, il est bien au contraire la source même de la contradiction et donc de la reconnaissance de l’autre.

Je crois qu’il serait présomptueux personnellement, de prôner quelque doctrine, et de dire qu’il est urgent de retrouver certaines valeurs, tout en précisant que ces valeurs ne sont pas celles de la famille, travail, patrie, mais celles des mots ! On est suffisamment au contact des mots, les uns et les autres, pour savoir et ressentir le pouvoir qu’ils détiennent, comme il m’est arrivé de le dire, que le pouvoir savait la valeur des mots et s’en servait pour sa propre cause, pour son enrichissement personnel. Mais peut-être qu’au-delà de la « gauche », il est nécessaire de retrouver l’utopie, une utopie qui convainc que qu’autre chose est possible. Je pourrais citer maints auteurs, qui ont dénoncé, dénoncent ces abus de pouvoir et mettent en garde contre ce consensus qui n’est pas mou mais sauvage et dangereux, mais je m’en remets à ce qui existe et qui demeure. Je veux dire que tout n’a pas été exploré, que des reconquêtes sont à faire, que des révolutions sont à faire. On pourra leur donner le nom que l’on souhaite, mais à mon sens, « être de gauche » ne signifie rien pour moi, sinon lutter contre l’ordre établi.

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