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30 mai, 2013

Le cauchemar pavillonnaire de Jean-Luc Debry

parterreverbal @ 10:12

Publié aux éditions L’Echapée au cours du deuxième trimestre 2012, ce livre est autant un chef-d’œuvre littéraire qu’un essai remarquable. Il est rare de le souligner, mais l’auteur de ce livre manie la langue avec autant de bonheur qu’il démontre avec justesse que « L’obsession de l’hygiène et de la sécurité, le culte de la marchandise et de la propriété privée ont remplacé les solidarités et la culture de résistance des classes populaires. » Il est évident que cet accroissement des zones pavillonnaires avec la mise en place d’internet et de toutes ses composantes (voir Facebook) a engendré un repli sur soi et un désintéressement de la vie sociale et politique. Certes, d’autre facteurs peuvent être pris en considération comme l’impression d’impuissance, le manque d’idéal etc. face à une situation qui semble échapper à chacun en raison de la complexification du monde dans le quel nous vivons, d’autant que « La vision du monde et de soi que le pavillonnaire véhicule est aux antipodes de la quête collective d’un monde plus juste et plus fraternel. » Tout ceci résulte de « L’improbable convergence des luttes ouvrières (…) » à laquelle répondit « la convergence des intérêts entre le Capital, son Etat et l’idéologie du bon sentiment (je souligne) » ! Jean-Luc Debry retrace le contexte dans lequel peu à peu nous sommes arrivés à ce « cauchemar pavillonnaire » qui ne répondait pas à un souhait exclusif de la population mais plutôt, par la promulgation de lois activant le processus de la propriété individuelle, à atteindre ce « but implicite (qui) était de moduler les mentalités », ou de convertir la majorité silencieuse aux bienfaits du capitalisme ! Et cette consécration pour l’employé est donc par la prise « de possession d’un pavillon, endosser l’identité d’un pavillonnaire, c’est (…) se reconnaître dans cette nouvelle famille désormais qualifiée de classe moyenne. » Cette impression de parvenir, pour ne pas dire de se sentir un « parvenu », est louable, mais elle n’est pas le seul fait de l’individu. Ce phénomène s’inscrit dans une toute autre dimension, qui est celle de faire croire en la jouissance de biens, flattant l’individu dans son ego d’être arrivé à son ultime but, celui d’être propriétaire. On sait ce qu’il advint aux Etats-Unis et ce qui aujourd’hui se passe en Europe où les pavillonnaires voient leur espace se rétrécir au point de se retrouver dans la rue !!

Avec beaucoup d’humour et d’à propos, l’auteur caractérise l’infantilisation dont sont victimes ( ?) les pavillonnaires comme « L’image d’un bébé joufflu et repu, les fesses bien au chaud dans une couche propre… », mais dans sa quête sécuritaire, le pavillonnaire « doit aussi se sentir perpétuellement relié à ces cordons ombilicaux rassurants que sont désormais les réseaux sociaux ou le téléphone portable ». Tout cela a cette conséquence que « La culture émotive, inscrite dans sa primarité infantile, neutralise l’esprit critique d’une jeunesse fascinée par la culture du consommable-jetable, et laisse l’individu seul dans un tête-à-tête avec lui-même qui le condamne à s’imputer la responsabilité des tensions sociales qu’il subit. »

Enfin, il apparaît que les principaux rendez-vous où les pavillonnaires se concentrent sont identiques partout, et « Le réseau autoroutier invite le quidam à accomplir des voyages immobiles. Dans l’enchaînement de ces temps privés d’espace où s’accumule la vacuité des signifiants, les chaînes hôtelières offrent une sorte d’apothéose sublime qui consacre la perte de repère spatial. » Et à l’heure de la marchandisation, « ceux qui (le sont pleinement et entièrement (…) et ceux qui n’ont d’autres rêves que de l’être à leur tour sont unis dans le même destin. Les uns et les autres sont réduits à n’être qu’un lieu commun partagé. »

Cette phrase nous servira de conclusion, laquelle peut paraître cynique, mais si juste lorsque l’on voit la pitoyable situation dans lequel la société se trouve être actuellement. Certes on serait injuste de dire que des mouvements contestataires ne se sont pas développés face à cette marchandisation de la vie, mais cela demeure fragmentaire. On pourrait aussi juger que Jean-Luc Debry est féroce envers la classe moyenne, mais son argumentation est aussi solide que vraie. Emettons le vœu que ce livre et quelques autres aussi intelligents tombent entre les mains de quelques pavillonnaires et leur soient comme un éclair dans leur vie de « servitude volontaire » !

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