L’éternité….article pour la revue Gros Textes
L’éternité n’a de valeur, que si nous lui donnons un sens. Mais il s’avère très vite que pour chacun, pris individuellement, celle-ci ne peut avoir de sens concret car nous ne pouvons la vivre. Notre existence ne nous permet pas de l’appréhender, puisque notre matière a un début et une fin. Par ailleurs, notre état de conscience étant défini a fortiori, l’éternité sera nécessairement ce qui sera demain sans que nous puissions en exprimer véritablement le sens ni en connaître la nature profonde.
Sur un autre plan, mais tout en étant tout aussi inexprimable en soi, la poésie n’est pas un concept dont notre conscience saisirait dans toute son étendue sa signification. Nous ne pouvons reconnaître individuellement, la poésie qu’à travers la perception des autres. Tout autant que l’éternité, la poésie est d’une certaine manière inaccessible parce que le degré à atteindre est toujours repoussé au lendemain et que nul ne peut le connaître ou s’affranchir du présent en raison du caractère de finitude qui demeure notre principale caractéristique en tant qu’être humain. Il demeure néanmoins que nous avons l’idée de ce que peut signifier ou être, soit l’éternité, soit la poésie. A notre avantage, nous avons la possibilité de penser et de raisonner même si des limites, là encore, nous sont posées. Celles-ci peuvent être liées à notre capacité intellectuelle de prendre en charge dans leur globalité les termes posés et d’en déduire toutes les informations propres à être restituées qui nous semblent convenir le mieux pour expliquer cet état. Nous objecterons que l’idée que nous exposerons n’aura qu’une valeur personnelle, si tant est que l’on puisse le dire, car ce n’est pas par nos seules capacités que nous parvenons à un but. Celui-ci est souvent atteint grâce à l’apport directe ou indirect, passé ou présent de nos semblables. Rien ne nous est dû en particulier, mais nous devons tout au général. L’idée serait donc la transposition de notre pensée sous forme concrète, afin que nos lecteurs ou nos interlocuteurs aient à leur disposition les moyens critiques leur permettant d’émettre leur point de vue, dans un sens objectif et impartial. L’idée ne naît pas d’une manière spontanée et elle ne prend sa forme dans l’opinion que lorsque ses causes et ses buts ont été explicités et discutés. Une idée n’étant pas figée, elle peut demeurer dans le néant tant qu’elle n’aura pas rencontré d’opposition ou de soutien, et si quelque part il n’existe pas une perméabilité dans l’esprit de ceux qui entrent en contact avec elle et si cette idée n’est pas suffisamment expressive en elle-même pour ouvrir un champ de discussions. L’idée n’est jamais neutre…
Cette perméabilité de l’esprit, au regard de la vie d’un individu, est bien restreinte, quand on sait, selon l’adage populaire, que « certaines idées ont la vie dure », et que la remise en cause est bien plus incertaine qu’on ne le croit. Qu’est-ce qui peut nous rendre perméable aux idées si ce n’est notre désir de s’offrir aux autres, d’être en relation avec eux. Car cela nécessite, outre la lucidité, un chois de remise en cause permanent de ce qui, par l’intérieur ou l’extérieur,hier ou aujourd’hui, nous est parvenu jusqu’au fin fond de notre cerveau ? Nous n’avons pas de répit lorsque nous sommes en état de perméabilité mais celle-ci est la preuve de notre existence, de notre plénitude à affronter les vicissitudes de la vie. Il se trouve malgré tout, que rien de ce que nous entreprenons ou décidons, ne soit uniquement de notre ressort, et ne soit vraiment notre affaire. Nous avons beau avoir le crâne ouvert et la pensée aux aguets, le mérite de notre compréhension ne nous revient pas intégralement. La perméabilité est un effort sur nous-mêmes, la connaissance est affaire de tous sur nous-mêmes.
Nous constatons donc l’étrange phénomène qui pourrait advenir si nous mélangeons la poésie à la perméabilité des idées ! Chacun des poètes de s’écrier que la poésie ne se fait pas avec des idées mais avec des mots. Nous ne le saurions pas qu’une revue mêle tout ceci semblerait anachronique et dépourvue d’idées ou de poésie. En effet, la prétention à écrire de la poésie sans idée est impensable, car il n’y a que le poème qui soit écrit sans idée. Mais chacun a bien son idée sur la poésie ! Il est donc vraisemblable qu’une revue de poésie puisse être perméable aux idées, sans que cela introduise le fait que le poème soit fait avec autre chose que les mots, mais sachant bien que la circulation de la poésie ne peut se limiter à un champ distinct d’expériences.