Lettre à Hervé Lesage sur les motivations d’un revuiste….

Mon cher Hervé,

 

L’initiative de demander à quelques revuistes de parler de leur parcours d’animateur de revue, au moment où Rétroviseur va clore ces pages sur ces révélations ou confirmations d’activistes en fonction, est pour le moins originale ! Peut-être vas-tu y puiser dans ces pages que nous t’adresserons quelques encouragements à reprendre le cycle de celle-ci ou d’en créer une autre !? Dois-je te souhaiter tout ce mal ou ce futur bien ? Mais nonobstant ces quelques considérations, je me dois de répondre à ta proposition et j’en suis très flatté !

Il a donc fallu que j’attende ma trente-septième année pour créer ma propre revue « Parterre Verbal » ! Cela s’est fait dans la douceur et par étapes successives. Peut-être l’ai-je déjà écrit quelque part, mais j’étais en relation avec un groupe de ma région, et celui-ci voulait publier une revue dont le contenant faisait un peu tape à l’œil, pour un contenu qui ne me paraissait guère ouvert à l’actualité poétique de l’époque ! J’ai donc décidé de voler de mes propres ailes, et grâce à quelques relations amicales qui m’aidèrent dans cette première entreprise j’ai pu faire paraître cette revue durant dix ans. Après un moment de silence, dû à plusieurs facteurs, j’ai remis en chantier autre chose avec Pages Insulaires, bimestriel, format  s’approchant de celui de Rétroviseur, ouvert non seulement à la poésie mais aussi à tout texte relatif à l’art, à la philosophie, à la politique etc. Ce n’est pas donc une revue de poésie au sens strict de ce qui est couramment fait !

Après ces quelques considérations pratiques, j’en viens, cher Hervé, à ce qui finalement motive tout cela et ne manque pas d’interroger, aussi bien soi-même que les autres qui trouvent courageux d’effectuer ce travail, somme toute modeste mais prenant et sans contrepartie aucune… si ce n’est celle de recevoir des gratifications amicales de la part des lecteurs, ce qui est déjà bien agréable en soi et motivant ! Je me suis donc demandé ce qui pouvait me motiver véritablement pour ainsi poursuivre cette activité revuistique, même si cette contrepartie évoquée auparavant est importante ! On peut la comparer, ceci en toute modestie, à un genre de « mécénat », dans le but de laisser se développer une parole, qui n’est pas la sienne parce qu’on la considère comme mineure (ce que je pense pour moi), ou parce que l’on pressent être davantage un passeur ou un meneur, plutôt que le génie naissant de ce vingt-et-unième siècle !

La publication d’une revue, surtout pour moi, malgré les aides dont je dispose autour de moi, tant familiale qu’amicale (chacun sera à même de se reconnaître aisément…) est une joie et une grande satisfaction à chaque fois. Bien entendu, tout n’est pas toujours reçu ou perçu à la hauteur de sa propre espérance, mais malgré tout les points positifs sont plus nombreux que les négatifs, et puis la succession des numéros publiés permet autant de se remettre en question que de gommer les quelques désagréments survenus ici ou là ! A titre général, je trouve enrichissant et motivant cette activité, certains se plaignent du nombre de poèmes reçus, des réprimandes reçus etc., certains même se disent surcharger ! A tous ceux-là, je répondrai, non qu’ils doivent changer de métier, mais plutôt cesser cette activité si elle leur pèse trop !

La revue Parterre Verbal n’a plus été publiée, non à cause d’un afflux massif de documents, mais il m’a semblé que dix années correspondaient à un bon cycle. Et j’avais peut-être peur de tomber dans la routine et de finir au musée des revuistes ! Mais aucune véritable déception n’a motivé cet arrêt, bien au contraire, la revue était en pleine «expansion », si je puis dire et il y avait tout intérêt à continuer. D’ailleurs cela a surpris quelques-uns ! Mais c’est sans doute l’un de mes paradoxes, qui me fait fuir toute lumière excessive… Evidemment, pour quelqu’un qui ne voit que par l’argent, la gloire ou par tout autre gain personnel, faire une revue relève de l’inconscience ou de la bêtise !

A la question, que peut-on, ou que puis-je y trouver, chercher etc. ? Rien, sinon la mise en relation avec des gens pour lesquels on est en empathie, même si cela va beaucoup plus loin que cela parfois. On ne peut enlever le caractère intimiste de la publication, car quelque part on entre en contact personnel avec l’écrivain, avec le poète. Ce partage est nécessaire, tant d’un point de vue éditorial que d’un point de vue humain. Pour ma part, je ne peux m’empêcher de me sentir en étroite relation avec celui qui doit être publié, et je désire que lui-même (ou elle-même) se sente apprécié(e), mis en confiance. Certainement donc, ce côté relationnel fait partie de la personnalité du revuiste, enfin de la mienne, d’autant que je m’adresse à un lectorat restreint. Je comprends qu’il n’en soit pas de même pour des publications de plus grand standing, toutefois il me semble que le côté amical et ami-ami joue quelque peu, voire beaucoup ! Petites ou grandes revues sont dans le même panier, d’un point de vue affectif et environnement littéraire. Après certaines désirent s’attacher la signature de poètes remarqués, pour d’autres, les petites comme Pages Insulaires, n’en ont guère besoin. La nouveauté doit être privilégiée, l’inédit.  C’est sans doute peu aux yeux de certains, mais beaucoup, voire essentiel pour moi !

Qu’en sera-t-il donc de Pages Insulaires qui vient d’éclore ? Je ne le sais, et pour le dire franchement, je ne me demande pas durant combien de mois ou d’années, cette revue sera publiée ! Il ne faut pas considérer aussi cette activité de revuiste comme une ascèse, un sacerdoce ou comme toute chose sacrée. Elle n’est rien de cela, elle fait partie de nous-mêmes, c’est peut-être à tort que je m’exprime pour les autres revuistes, mais quand je le dis je crois que c’est une nécessité inscrite en chacun de nous. Pour moi, je ne cherche pas d’autres explications, car tout est à la fois très rationnel (plaisir de la publication, du beau papier, de la lecture etc.) et très subjectif (rencontres, échanges, découvrir des écrits etc.). je crois qu’il en est ainsi pour chacun d’entre nous. Une dernière petite chose que l’on peut évoquer, c’est Internet. Il se dit que cela peut être la mort du papier, de la lecture, des revues. Je n’en crois rien, certes cela modifie quelque peu le paysage, mais rien ne remplace le livre, le rapport entre les yeux et le support. Qui est capable de lire une revue de 30 pages sur Internet ? Et il y a le phénomène mode avec la création de sites, de blogs. De toute façon, Internet est un outil d’information, pas toujours fiable, ni efficace, mais il est là. Cela ne me gêne pas, ni ne me contrarie. Ce serait davantage l’abêtissement général qui me chagrine, mais faire une revue, c’est lutter contre, c’est résister, c’est avancer aussi !

Je n’aurais certes pas tout dit, ni tout imaginé dans ce texte-lettre que je t’adresse, mon cher Hervé, mais sache qu’autant j’ai apprécié Rétroviseur autant j’en ai tiré des leçons et que votre équipe, si rare aujourd’hui, m’a toujours impressionné.

Je te remercie sincèrement, ainsi que Pierre, Jean-Pierre, Alain, Jean-Claude, Bernard , pour le travail effectué avec cette revue, et de m’avoir permis de m’exprimer dans ce que je crois être l’ultime numéro de Rétroviseur !

Avec toutes mes amitiés,

 

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