l’herbe passagère (extraits)
Et j’emprunte ces ferrailles à l’herbe passagère
invisible et pourtant née par ma bouche
les eaux la terre le monde clapotent
contre mes mollets et mes tempes
hors des regards et des échos
quand la beauté cligne des pommettes
je radiographie le peuple et ses outils
mais par cet évanouissement des parterres
ma poitrine retrouve un nouveau souffle
cet élan de l’esprit au travers des murs
Et que dire de ces mouches collées sur ma langue
de cette géométrie invariable des hommes
le froissement des laines m’irrite
et les eaux la terre le monde s’éloignent de mes lèvres
la friction des atomes a rendu son verdict
comme des pachydermes émus par leur puissance
les êtres rebroussent chemin
mais ma main pianotant sur les cordes
cherche parmi les cendres et les cartons
une rose qui porterait un dessin sans arbres
Et par mon obscure besogne tout s’efface
ce n’est pas l’abeille qui protège mon écho
ou les eaux la terre le monde envahis par mes bras
comme de nulle part viennent maints poètes
tout leur échappe et leur gravité nous oblige
je reviendrai avec eux dans la précipitation d’écrire
pour refaire ce ravalement des tapisseries et de la mort
mon estomac entonne un quatrain ce plaisir de l’ouïe
que les arbres ont peine à relever
et la guerre déchire autant qu’elle unit
Et à l’intérieur de cet univers abîmé d’horloges
je déploie des pages aux assortiments bigarrés
les murs battent les entrailles et les entrailles refluent
l’odeur de l’amour est un sanctuaire de salives
et les eaux le monde la terre passent entre mes lèvres
mais les hommes ont-ils une phalange indépendante
pour que l’un de leurs doigts décrive la paix
il ne faut pas céder au souffle des bouches arides
rien ne vient perturber l’orientation des fusils
je crée un spectacle aux portes fraternelles
Et je rendrai ma tête au bourreau
pour les récidives de mon corps imparfait
dans les torrents verts où ma peau se projette
à l’intérieur des méandres lents et rigides des villes
une herbe anarchiste est en latence dans ma paume
les eaux la terre le monde sous un nuage insolite
je ne vois plus la terre bleue le soleil pourpre
mais une pluie d’hirondelles dans les couloirs
et mon squelette ébahi par les ruches
sanglote par ses muscles dans le lit des fleurs
Et cette hivernale lutte au fond des verres
dans les arènes où des voix s’ensablent et se tourmentent
l’alarme suave des voix au téléphone
qu’attendent les abeilles pour nous révoquer
les eaux la terre le monde refluent contre mes pommettes
et l’histoire cerclée de rouge et de nuit suinte
sous les lambris d’un ciel je vaque
mon nom domestiqué par les gardiens des phares
aucune lumière sous les rochers atteint mes genoux
je suis l’insecte au cœur de votre toile
Et j’ai renoncé aux mots du jardinier
quand j’ai vu mon corps paraître sur les gravures
des flux ou des icônes quelque semblable innocent
dans les tombeaux nul rire ne se déchire
les eaux la terre le monde comme un sein convoité
les étreintes sont des piqûres et le sang
convoyeur du mépris et de l’absence
les rivières si fortes le sable si nonchalant
je clame l’irrespect du pouvoir ces amphores
d’où abonde la puanteur de leurs fausses effusions
Et un monde sans arbres décapités
aux aisselles rouges à la bêche bleue
quel taureau croit à la ferveur de son sang versé
une poussière tombée de mes ongles horlogers
de mes poumons sans cri sans acclamation
les eaux la terre le monde expulsent leur souffrance
l’économiste devenu une sangsue sur mon ventre
dans les tavernes d’autrefois une gueule gît encore
le poète a quitté la table son vin déborde
je n’ai pas froid mais du rêve je me chasse
Et de mon cerveau sans trace je pleure
une poésie échue dans les tiroirs
j’aime le son des horloges et l’approche de la mort
quelles pluies roses par les portes mugissent
les couleurs forment le socle des questions
les eaux la terre le monde s’ébrouent carcasses chaudes
peut-être un ruban que j’attacherai autour de mon cou
comme derrière les mots ne surgit jamais le hasard
mes aisselles fragiles mon cou atrophié
j’ai crevé la montagne d’un bourgeon noir