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31 mars, 2016

Lettre à un paysan sur le vaste merdier qu’est devenue l’agriculture, Fabrice Nicollino, Editions Les Echappés (LVA) La destruction de l’Université française, Christophe Granger, Editions La Fabrique (DUF) La comédie humaine du travail, Danièle Linhart, Editions Eres. (CHT)

parterreverbal @ 19:23

d’après les ouvrages suivants :

Lettre à un paysan sur le vaste merdier qu’est devenue l’agriculture, Fabrice Nicollino,

Editions Les Echappés (LVA)

La destruction de l’Université française, Christophe Granger, Editions La Fabrique (DUF)

La comédie humaine du travail, Danièle Linhart, Editions Eres. (CHT)

 

Lorsque les médias parlent de la disparition du livre, de son obsolescence programmée, d’internet pour enrichir sa culture, sans doute veulent-ils par ces messages détourner l’attention de leurs auditeurs de leur envie de lire, surtout, même, de leur ôter toute idée critique en allant vérifier par eux-mêmes, à d’autres sources, l’exactitude des informations qu’ils véhiculent !? Les médias ne sont pas les seuls à détourner l’opinion publique de la lecture, non celle ultra-commerciale livrée à chaque rentrée littéraire, aussi creuse et indigeste que les publicités vantant l’effet d’un savon aux huiles essentielles, mais de celle des ouvrages utiles à la compréhension de la vie. Les politiciens les secondent au travers de leurs réformes honteuses par la dégradation des conditions scolaires (plus d’un enfant sur cinq ne sait pas lire en sortant de l’école…), par l’asservissement de l’ouvrier à son travail (horaires contraignants, stress, dévalorisation de la personne…), enfin par l’assujettissement forcé de l’agriculteur à sans cesse accroître sa superficie au détriment de son temps libre.

Ces trois livres, cités en en-tête de cet article, nous rappellent à quel point la lecture est source d’éveil mais aussi de critique et d’enrichissement personnel. Nous aurions pu en choisir d’autres, mais ils disent très exactement la situation dramatique dans laquelle nous sommes aujourd’hui. Avec pertinence, ils relatent la manière dont les réformes ont été menées pour aboutir à ce désastre actuel. Car il s’agit bien de cela, d’un désastre à la fois de la nourriture, de l’éducation et de l’emploi, lesquels constituent les trois piliers fondamentaux de toute société, moderne ou archaïque. N’est-ce pas par le « manger » que l’homme s’est développé, qu’il a ainsi pu développer ses connaissances et parvenir à un stade avancé de développement ? Mais dans quel but ? Car, Si les solutions changent avec l’évolution de la nature du travail et de la société,les objectifs restent les mêmes : il s’agit de trouver les moyens de contraindre les employés à travailler selon les normes les plus rentables du point de vue de leur employeur. (CHT). Contraindre, contraindre est ce mot qui sert de vision aux politiques afin de satisfaire les exigences du patronat. Et pour l’agriculture, le souhait est le même : (En 1954) on rêve déjà à haute voix de faire du paysan un travailleur comme un autre, maillon d’une chaîne de production ininterrompue.(LVA), et c’est également dans le domaine du savoir que la vison libérale s’applique : Là où le travail scientifique obéissait avant tout aux normes collectives du travail scientifique, il est à présent assujetti aux « agences de financement » et aux « appels d’offres ». Là où les études tiraient leur justification de la formation critique et réflexive des étudiants, elles doivent satisfaire aux « besoins du marché du travail » (DUF).

Evidence implacable qui se dresse aujourd’hui, celle de la mise sous tutelle de l’ouvrier, de l’agriculteur, du professeur, lequel voit désormais l’Université être l’objet d’une destruction sans précédent. Elle est passée sous propriété de l’OCDE et de la Banque Mondiale. Elle faisait profession d’indépendance et de désintéressement dans la production et la transmission des savoirs. La voilà plongée jusqu’au cou dans la mêlée des intérêts économiques.(DUF). Et ainsi que l’écrit Christophe Granger, Toute à sa modernisation, l’université française est devenue le théâtre d’une catastrophe sociale – avant même que d’être intellectuelle.(DUF). (Et) l’effacement de l’Etat n’a pas seulement étranglé les finances universitaires. Il a étouffé l’ancestrale autonomie des savants dans la conduite des activités savantes … (DUF). Les universités sont devenues des lieux de convoitise du capitalisme, les groupes financiers investissent massivement dans certains grands centres universitaires privés et réalisent d’ immenses profits de prédation (réalisés par les universités privées appartenant à des groupes financiers telle la banque Goldman Sachs), (lesquels) sont constitués par les frais d’inscription, et reposent à la fois sur les « prêts étudiants » souscrits auprès des établissements bancaires impliqués, et sur les bourses fédérales attribuées aux étudiants pour financer leurs études. (DUF) Mais ces entrepreneurs libéraux interviennent également au sein des gouvernements car A l’égal du mécanisme qui a vu le directeur de Science Po conduire la réforme des lycées et inspirer celle des universités, le principal bénéficiaire privé des deniers publics en Grande Bretagne, le patron du groupe financier Sovereign Capital, propriétaire de la Greenwich School of Management, n’est autre que le conseiller du gouvernement Cameron pour les questions de « réformes du secteur public » et porte-parole du gouvernement sur les questions d’éducation à la Chambre des Lords. (DUF).

La principale conséquence de cette dérégulation, de cette privatisation des universités, qu’elles soient françaises, anglaises, italiennes ou allemandes, est que l’étudiant n’est plus un élève, une personne qui reçoit un enseignement, mais un client dont les savoirs se sont transformés en marchandises et les universités en entreprises comme les autres.(DUF) Il va de soi que cette transformation dans la vie intellectuelle de l’étudiant entraîne une instabilité, une hésitation, une angoisse dans la recherche de la meilleure voie à suivre, puisque ne sont plus offerts l’acquisition de savoirs, mais bien plutôt l’acquisition d’un capital professionnel, (les Universités) sont portées à les traiter d’abord comme des « clients » auxquels il est naturel de réclamer une participation accrue au financement de leurs études. (DUF). La « carrière » d’un étudiant n’est plus un parcours pour permettre à son esprit l’accumulation de savoirs, de pertinence critique, de réflexion globale selon un ensembles de données vérifiées et partagées, mais d’une course personnelle aux crédits (les ECTS).(DUF) Ceci constitue l’une des conséquences majeures de l’application de la politique libérale actuelle qui fait de l’université une simple antichambre des ressources humaines. (…) (Cette libéralisation) a aussi pour effet de soumettre des milliers de lycéens, d’étudiants, de parents à une profonde inégalité sociale.(DUF). Ainsi Les différentes classes préparatoires accueillent ainsi 82 000 élèves chaque année, soit15 % de mieux en à peine 10 ans. Or, plus encore que le nombre, c’est leur origine sociale, plus uniformément élevée que jamais, qui est significative. En 1987, les élèves issus d’un milieu défavorisé comptaient pour 29 % de leurs effectifs. Ils n’étaient plus que 9 % en 2007.(DUF). On pourrait continuer à citer nombre de passages de ce livre pour montrer à quel point la situation est devenue catastrophique dans les universités. Les présidents de cesdernières sont devenus des chefs d’entreprises et au sein des commissions universitaires siègent en majorité des personnes venues du monde extérieur (journalistes, financiers, patrons d’entreprises etc.).

Qu’en est-il de notre agriculture ? Est-elle autrement plus à l’écart de ce libéralisme économique ? Il n’en est rien. Le constat est le même, sinon encore plus terrible. On pourra lire avec intérêt, entre autres, les livres d’Isabelle Saporta « Le livre noir de l’agriculture » aux éditions Pluriel, de Marc Dufumier, « Famine au Sud, Malbouffe au Nord » aux éditions NiL. Le même schéma s’applique, avec autant de violence et d’indifférence. Ce modèle libéral est un passe-partout qui n’a pour tout objet que le rapport au profit. Comme l’écrit Fabrice Nicollino, Des porcs de Bois-Corbon, on passe aux poulets de Jouy-en-Josas, en s’appuyant sur un autre livre américain publié en 1949, Genetics of the Fowl, la génétique de la volaille ! Les grands savants de chez nous vont réussir l’exploit d’obtenir des poules naines dont les besoins alimentaires sont réduits de 25%… En 1950, il faut 110 jours pour un poulet fermier de 1,3 à1,5 kgs… En 1978, il faut une cinquantaine de jours pour un poids de 1,8 kgs.(LVA) Aujourd’hui, il serait de 42 jours avec une densité de 23 poulets au m2 !!

Mais pourquoi et comment en est-on arrivé à ce stade ? Fabrice Nicollino cite Raymond Février : La chimie a fait des progrès considérables, et nous pouvons savoir ce qui, dans la viande, les fromages, le beurre, donne leur goût à ces produits. Par conséquent on peut extraire ces substances chimiques et les remettre dans, par exemple, des viandes artificielles. On fait du jambon, on fait du beafteck, on fait ce qu’on veut avec ces produits-là.(LVA) Jusqu’à empoisonner le consommateur à petit feu ? Mais est-il besoin de le préciser, d’autant que ce cynisme posé, décontracté, illustre parfaitement la manière dont les gens qui nous gouvernent croient en leurs théories dévastatrices pour l’homme et la nature ? L’agriculture est réduite à ne plus être qu’un immense entrepôt de production, dans lequel tout est permis, et cela a commencé dans les années cinquante où Tout se met en place inexorablement. On abat les haies, on remembre à tout-va, on injecte sur chaque arpent une drogue pesticidaire qui fera des millions d’addicts, on draine les zones humides, on chasse de chez eux les paysans incapables de s’adapter… (LVA)

Aujourd’hui, les grandes enseignes de distribution ou les firmes agro-alimentaires attendent de racheter à bas prix toutes les propriétés des agriculteurs en faillite… Les récentes manifestations des agriculteurs mettent en avant l’ampleur réelle de la catastrophe de ce secteur, soi-disant de qualité d’après Ségolène Royal, laquelle ne craint pas de se gaver de mots à défaut de vérités, pour s’épancher quelques jours plus tard sur les femmes atteintes d’un cancer à cause des pesticides de l’agriculture !! Il ne faut pas oublier que ce secteur est l’un des trois premiers pollueurs en France, avec les transports et les industries ! Quant à nos agriculteurs, pourquoi y a-t-il un suicide de l’un d’eux tous les deux jours avec autant de faillites, voire davantage ! Le libéralisme, plus que la révolution technique, a amplifié le phénomène de désertification des campagnes ! Mais comme la destruction de l’université, celle de l’agriculture s’est faite avec la même sauvagerie et avec les mêmes moyens : augmentation des superficies, subventions improductives et inégales, utilisation des pesticides en masse, main-mise des industries agro-alimentaires sur les semences, les engrais, les traitements, mise sous tutelle des agriculteurs par les centrales d’achat, les mesures drastiques des normes européennes plus enclines à protéger les grandes exploitations que les petites, et surtout l’abandon des pouvoirs publiques au lobbying des industries monopolistiques, telles Monsanto, Limagrain, Pioneer etc.

Abusé par les industries agro-alimentaires, étranglé par les grandes enseignes, le secteur agricole meurt sans qu’aucun remède ni réel programme ne soit proposé par les politiques, soumis au diktat des lobbies industriels. Comme l’évoque Fabrice Nicollino, en citant Paul Ricoeur à propos des problèmes dont les seuls experts se targuent de pouvoir apporter la solution : « Il ne s’agit pas de nier l’existence de domaines où des compétences juridiques, financières ou socio-économiques très spécialisées sont nécessaires pour saisir les problèmes. Mais il s’agit de rappeler aussi, et très fermement, que, sur le choix des enjeux globaux, les experts n’en savent pas plus que chacun d’entre nous. Il faut retrouver la simplicité des choix fondamentaux derrière ces faux mystères. » (LVA) Et effectivement, il s’agit de changer de société, d’oeuvrer vers une agriculture naturelle, de retrouver « cette simplicité » de la vie, comme celle de Dédé : En 1957, les douze vaches de Dédé croissent et embellissent produisant un lait abondant. La ferme Pochon, pourtant la plus petite de la commune est aussi celle qui entretient le plus de porcs, nourris avec le lait écrémé du troupeau, un peu d’orge et des betteraves cultivées sur place. L’élevage aurait (donc) pu se développer autrement, sans le soja transgénique et le maïs d’aujourd’hui, et sans dégueulasser les sources.(LVA)

La conséquence de toutes ces réformes, de ce matraquage libéral, s’inscrit dans ce « drame contemporain » comme l’écrit Danièle Linhart, et Le mal qui nous guette les uns les autres, et qui suscite une antique terreur comme la lèpre, a pour nom l’archaïsme, il est à l’image de la dévalorisation dont souffrent chroniquement les personnes âgées dans la société, les seniors dans les entreprises considérés comme des boulets dont il faut se débarrasser au plus vite.(CHT). Mais ce qui a permis cette macabre évolution de la société et sa pénétration dans toutes les sphères populaires provient de l’abandon pur et simple de politiques de soutien à l’emploi, de respect de la collectivité, et surtout de leur abdication aux règles du marché financier. A titre d’exemple, les lois internationales sur le commerce, promulguées par les Etats, sont désormais plus favorables aux entreprises qu’aux gouvernements. Cela signifie que les dirigeants des pays ont accepté, de leur plein gré, d’être mis sous la tutelle de multinationales, d’une part, et que ces mêmes dirigeants ont abandonné purement et simplement ceux qui les avaient élus aux exigences des financiers et autres prédateurs internationaux. Mais la mise en place de la politique libérale ne fut pas qu’économique, elle fut aussi sémantique car, Pour porter cette nouvelle vision du monde du travail, et bannir toute contestation possible du virage pris, il fallait aussi des mots nouveaux : (les femmes de ménages sont devenues des techniciennes de surface, des agents administratifs, des secrétaires de site, des chefs de centre, des chefs de pôle etc.).(CHT). Dans son livre, Danièle Linhart dresse en premier lieu un terrible constat : Le drame du travail contemporain (qui) ne vient pas, paradoxalement, de ce qu’il est déshumanisant, mais au contraire du fait qu’il joue sur les aspects les plus profondément humains des individus, au lieu de s’adresser aux registres professionnels qui permettent d’établir une délimitation entre ce que ces individus engagent au travail et ce qu’ils sont.(CHT).

Pour arriver à cette conclusion, Danièle Linahrt reprend les thèses de Taylor et de Ford, lesquels sont devenus les précurseurs de cette stratégie industrielle tendant à empêcher toute pensée critique chez l’ouvrier. Taylor préconise on ne peut plus clairement de dépouiller les ouvriers de ce qu’ils ont de plus précieux : leurs connaissances. (CHT). Quant à Ford, il voulait la standardisation non seulement des pièces qui entrent dans la production mais aussi de la vie de ses ouvriers, et initie un contrôle étroit de leur existence.(CHT). La pensée taylorienne s’inscrit en plein dans le cadre du travail contemporain. Ainsi l’employeur veut que les personnes qu’il paye, dont il a acheté le temps de travail et les savoirs, travaillent de façon homogène et de manière à atteindre la productivité, la qualité qui lui permettent les rentabilité et profit les plus élevés.(CHT). Cette volonté entrepreneuriale de ne pas reconnaître les savoirs des employés ou des ouvriers présente des avantages financiers non négligeables (car) cela permet de ne pas les rémunérer et justifie d’exclure les ouvriers de toute influence officielle sur la définition de leurs tâches et de leur travail.(CHT).

Par cette occultation pure et simple de l’intelligence, de l’expérience des travailleurs, c’est remettre en cause l’ensemble des personnes dans leur respectabilité, dans leur conscience d’hommes. Il faut les faire entrer dans le moule (CHT), qu’ils ne pensent plus, vider leur cerveau de toute pensée subversive. Les médias s’en chargent, avec leurs journalistes et divers intervenants télévisuels appartenant au monde de la finance ou d’ailleurs, mais ils sont surtout de grands dévots de la cause libérale qu’ils recrachent à longueur d’antenne. A ceux-ci, il faut ajouter bien entendu les politiciens de droite, d’extrême droite et de gauche dont la parole est si chargée de mensonges, d’hypocrisie, de fausses promesses, de reniements en tous genres, qu’elle finit par être le plus vil soutien à la mondialisation. Mais nous reviendrons sur cela en d’autres temps, car pour l’instant il est très clair que Les raisons (de cette souffrance au travail) semblent faire consensus, du moins dans le monde scientifique des spécialistes du travail : l’intensification du travail avec des missions et des objectifs de plus en plus exigeants ; le manque de moyens adaptés ; une disponibilité de plus en plus forte exigée par la dictature des e-mails ; la complexification du travail et l’absence de soutien hiérarchique ; une accélération temporelle ; le renouvellement incessant des méthodes et des technologies ; des évaluations pas toujours objectives du travail réalisé…(CHT).

Par ailleurs, l’individualisation forcée du travailleur accentue la pression exercée par le patron qui devient, à l’écouter, le sauveur de l’humanité ?! Mais comme l’écrivit Stendhal, cité par Daniele Linhart, Les industriels sont peut-être des gens honorables mais ils ne sont pas des gens héroïques (CHT), il ne faudrait pas exagérer ! Sont-ils même honorables à l’heure actuelle, on peut également se poser la question !? Il n’est donc pas incongru de dire qu’aujourd’hui, malgré l’évolution des techniques, du progrès mécanique tant vanté, la situation dans laquelle se trouve la société est l’une des plus violentes que le monde ait connue. En effet, on aurait pu croire qu’avec l’évolution technologique, l’homme consacre plus de temps à la réflexion, à la pensée et abandonne une rationalité trop prégnante, mais ce n’est pas le cas. La violence n’a jamais cessé d’être et demeure toujours aussi forte et destructrice de vies humaines. Elle l’est sur plusieurs tableaux et principalement au sein des entreprises, parce que je dirai que ce qui s’impose de façon flagrante à notre époque, c’est la souffrance au travail.(CHT) et il en est de même dans le secteur public, balayé de façon exacerbée par les attaques du métier et de la qualité, notamment à travers la redéfinition de (ses) missions. (CHT).

Les directeurs des grandes administrations appliquent les mêmes « recettes », si je puis dire, que dans le privé et pour un résultat catastrophique (voire les hôpitaux, les écoles, tout ce qui est la base même de la solidarité dans une société) avec pour leitmotiv, repris en choeur par tout un chacun, que le fonctionnaire est celui qui ne fait rien et dont il faut se débarrasser à tout prix ! Jean-Claude Dassier qui intervient sur une chaîne quelconque d’information ne cesse d’éructer contre eux. Je rappellerai pour mémoire que certaines entreprises nationales ont été privatisées parce qu’elles étaient très performantes (EDF, France Telecom) ! De même louait-on avec orgueil notre système de protection des soins, aujourd’hui totalement relis en cause pour offrir aux assurances privées le gain de profit qu’elles attendent ! Enfin la plupart de nos concitoyens acceptent avec fatalité (malgré les luttes parfois engagées) la fermeture des classes, des maternités, des services publics, laquelle ne répond à rien d’autre, sinon au retrait de l’Etat pour laisser le champ libre au secteur privé.

Mais pour en revenir au livre de Danièle Linhart, il convient de souligner un point important qui concerne les deux faces de la précarité : La précarisation subjective (qui est la conséquence des réorganisations, restructurations, fusions, déménagements, objectifs à atteindre, évaluation individuelle…) vise de fait à déstabiliser les salariés de sorte qu’ils se sentent en permanence sur le fil du rasoir et se rabattent sur les procédures, les méthodes standard, comme sur une bouée de sauvetage. (Quant à) la précarité objective, (elle) est un moyen coercitif efficace. (..). les salariés en CDD, intérim, saisonnier, stage… ne sont pas enclins à critiquer, ni à chercher à imposer leurs aspirations, valeurs et convictions. (CHT). Autant donc de motifs pour faire perdre pied à un employé, dont on veut se débarrasser par exemple, et pour ne compter dans son entreprise que des salariés vertueux ! Le salarié vertueux sera celui qui accepte la flexibilité, la mobilité, la disponibilité, qui comprend la nécessité de s’engager à fond dans son travail, qui est loyal envers son entreprise, qui recherche l’excellence et surtout qui accepte de se remettre en question (sans cesse).(CHT). Mais jusqu’à quel âge ou combien de temps tiendra-t-il ? Il est évident, compte tenu de ce chômage de masse, que l’employeur ne s’inquiète pas pour le renouvellement de son personnel, d’autant qu’il peut le plus souvent embaucher des personnes sans payer de charges, rétribués au minimum horaire, et corvéables à merci ! On pourra lire aussi de Frédéric Maillard, « L’industrie de la contrainte » aux éditions Pièces et Main d’oeuvre, ou celui de Bernard Friot, « L’enjeu du salaire » aux éditions La Dispute.

Une conclusion s’avère-t-elle nécessaire ? Tout n’est-il pas déjà dans ces ouvrages ? La situation présente est effectivement profondément dramatique. Ces exemples que sont l’agriculture, l’université, et le travail montrent la force de la bourgeoisie à contraindre les autres classes sociales à se plier à ses objectifs et sa détermination à le conserver en dépit de tout. Car les conséquences de ce passage en force de cette catégorie dominante en instaurant des critères individualistes ne détruit pas seulement les acquis de l’Europe Occidentale, ou plus particulièrement ceux de la France, mais du monde entier. Certains représentants de la sphère financière assurent avec le plus grand mépris que le peuple a vécu trop longtemps au-dessus de ses moyens, mais nous savons et voyons bien que cela n’a jamais été le cas, encore moins aujourd’hui puisque la richesse global n’a jamais été si élevée et n’a jamais été autant détenu par si peu de personnes (4% environ). La crise financière n’aura pas infléchi le processus d’enrichissement des ménages, du moins à l’échelle mondiale. L’enquête menée chaque année par le Crédit Suisse montre que la fortune mondiale des ménages atteignait 231 milliards de Dollars en 2011, près du double de celle qui prévalait en 2000. (Boursier.com Octobre 2011).

Bien entendu, tout cela ne profite pas à tout le monde, puisque les 10 % les plus riches détiennent 86 % de la richesse mondiale (source 2013). Et Fabrice Nicollino de citer Jacques DIOUF, ancien directeur général de la FAO, (lequel) confirme en 1996 tranquillement l’objectif de 2015 (réduire de moitié le nombre de personnes sous-alimentées). (…)Mais en juin 2009,la FAO annonce sur un ton mélodramatique que, « pour la première fois dans l’histoire de l’humanité plus d’un milliard de personnes dans le monde souffrent de sous-alimentation ». La faim ne régresse pas. Elle augmente. (LVA). Récemment, de nouvelles statistiques indiquaient que près de 800 millions d’êtres humains étaient encore sous-alimentés. Les causes sont multiples, mais il ne peut être ignoré la présence de grands groupes dans les pays en développement usurpant la richesse du pays pour produire des biocarburants, et comme le rappelle Fabrice Nicollino : Sur les biocarburants, que je me hâte d’appeler de leur vrai nom : les nécrocarburants. Changer une plante alimentaire en carburant automobile, dans un monde qui compte un milliard d’affamés n’est-ce pas sans discussion un acte criminel ? (LVA).

Quant à l’université française, Publiée en 2011, l’enquête du collectif Pércres met en circulation une réalité (plus) affolante encore : ce sont 45 à 50 000 précaires qui peuplent les universités du pays. (DUF). Et l’auteur d’ajouter (La précarité) n’est même pas la conséquence des politiques de réforme menées depuis 10 ans. Elle en est la condition. (DUF). Mais cette déstabilisation de la société tout entière entraîne un individualisme lourd de conséquences, car Dans un monde du travail de plus en plus atomisé, conséquence de l’individualisation systématique de la gestion des salariés et d’une mise en concurrence des uns avec les autres, dans le contexte menaçant et inquiétant d’un chômage grandissant, chacun a tendance à considérer qu’il faut se méfier des autres qui portent la responsabilité d’une situation générale défavorable. Chacun a tendance à considérer qu’il fait plus d’efforts, de sacrifices au travail que les autres.(CHT).

Ce constat a comme logique la désaffection pour les luttes quotidiennes ou pour de grandes manifestations d’une grande partie de la population. Le repli sur soi-même est un fait de société, malgré les élans parfois généreux que la population a pour des causes sur-médiatisées (Téléthon, Les Enfoirés, les Pièces jaunes etc.). Une prise de conscience collective est nécessaire et urgente, car le libéralisme n’a pas fini de détruire et ceux qui mènent ces réformes, les parlementaires, les gouvernements, les instances européennes, le FMI, la Banque Mondiale veulent aller encore plus loin, jusqu’à réduire à néant tout le système d’entraide collectif qui a prévalu depuis ces dernières décennies. Une seule chose s’impose avec évidence, la révolution ! Une révolution sociale, politique, économique qui donne enfin le pouvoir aux plus humbles. Il faudra peut-être des décennies pour y arriver mais de multiples initiatives sont en cours et laissent présager un autre futur possible, malgré les tourments actuels, malgré cette « Trilogie de la terreur » que veulent nous imposer les partisans de ce libéralisme sauvage et destructeur !

JMB (ami d’AL)

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