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4 février, 2008

Monstruosité sarkozienne

parterreverbal @ 21:42

Les histoires entendues dans notre enfance, comme parfois des rêves dont on se souvient, nous hantent encore adultes. De ces récits, l’imaginaire est si prompt à se les réapproprier  que la réalité en déborde !  Plus ou moins violents, plus ou moins fantastiques, si souvent tendres, ces contes ont pour vocation, si je puis dire, d’alimenter l’esprit, de lui donner « conscience » de sa force, de sa propension à engendrer la pensée, d’attirer à elle la réalité, de la transformer, de la malaxer, tel qu’on le ferait pour une pâte ou un métal ! Le réel est palpable, mais sans le soutien de l’imaginaire, il serait informe, sans consistance, absent de toute rugosité. Certes, il faut se confronter à cette réalité trop « rugueuse », qui nous échappe, mais elle est le fruit du mariage entre cette nourriture de l’esprit, que sont les mots, matière concrète s’il en est !, et sa mise en œuvre sociale d’un point de vue du rapport avec autrui engageant autant nos affects que notre corps et nos sens.

Les histoires, qui nous furent contées, étaient fréquemment hantées par des monstres, et ceux-ci avaient une réalité commune, un devoir commun, une vie commune : ils avaient un visage, une langue, une voix, un corps, certes hors normes, débordant de toute vérité, mais qui correspondaient ou entraient en symbiose avec notre imaginaire. A tout enfant, il est possible de se figurer la réalité du monstre. Son esprit lui donne corps. A ce titre, les meilleures histoires sont celles où la suggestion est la plus ouverte, si rare aujourd’hui ! Mais cette suggestion est « bonne à entendre » parce qu’elle permet une réappropriation de la réalité ; l’esprit crée, assemble, sculpte, forme le monstre tout en le déformant. Il devient humain.

Quelle monstruosité nous habite aujourd’hui ? Ce XX-XXIème siècle est-il davantage monstrueux que ceux qui le précèdent ? Si l’on se réfère aux guerres, aux exterminations, à tous les génocides de l’histoire, nous pourrions considérer que notre ère présente ne l’est pas davantage, certains peut-être diraient même que l’homme est devenu plus « humain » ! C’est oublier toutes les tragédies récentes survenues aux quatre coins de la planète. Pour ma part, il me semble que nous engendrons aujourd’hui une monstruosité bien plus grande et plus terrifiante qu’avant, et ceci parce qu’elle met en danger toute l’humanité et non une partie. Plus de six milliards d’individus vivent sous ces menaces monstrueuses, qu’elles soient écologiques, nucléaires, industrielles et elles ont toutes une seule origine (le profit) et une même conséquence (l’anéantissement planétaire). Le monde s’est rétrécit car vivent sous ces menaces tant mon cousin chinois que mon frère africain ou mon jumeau des Amériques. Ces trois causes ont toutes le même terreau, celui du capitalisme dont les meneurs appartiennent au cercle politique, industriel et religieux.

La religion, quelle qu’elle soit, par son obscurantisme à rejeter toute rationalité humaine (maintien dans le péché ou la servitude, dans la croyance en un paradis artificiel…) et dont les dogmes sont si confus qu’il est facile à quelque dévot fanatique ou simplement soumis au même langage mensonger pendant des années de dévier l’évidence humaine de sa trajectoire, de tirer l’être vers le néant et l’insupportable. Il se refuse ainsi à voir dans cette création des dieux, la mise en perspective de l’imaginaire créant une autre réalité pour dominer sa peur de l’inconnu. L’industriel sera lui aussi, qu’il soit financier, actionnaire, ou patron de société, un affabulateur du progrès, par le maintien d’un discours consensuel masquant ou éludant les conséquences liées aux dégradations causées par les productions insensées des différentes industries. Cette course au progrès est non pas dictée par un souci de réduire la misère, d’engendrer un monde plus égalitaire, mais bien au contraire de tirer profit du maximum de ce que la terre peut offrir pour un nombre réduit d’individus. Enfin, le politicien n’est-il pas le bras armé de ces engeances en accomplissant non son devoir de responsable de la société, mais en validant sa soif de pouvoir par le cautionnement d’une politique destructrice. Son pouvoir, il ne le détient pas d’une majorité consentante mais d’un malentendu électoral issu d’affabulations langagières, donnant l’impression d’un futur meilleur alors que le monde créé est le fruit d’un imaginaire abscons et pervers.

Ces trois bras destructeurs peuvent être nommés, identifiés, et pourtant le monde est devenu d’une telle complexité que tout échappe à chacun. La société est devenue une gigantesque pieuvre dont le cerveau s’est égaré en de multiples parties de l’animal. Il devient incontrôlable et incontrôlé. Mais ces bras veulent nous faire croire qu’ils gouvernent, qu’ils pensent, qu’ils réfléchissent, qu’ils agissent pour nous, pour notre bien, pour notre futur. Leur imaginaire nous hante mais nous en sommes les otages serviles et passifs. Ainsi la monstruosité n’est pas dans nos histoires d’enfant, dans ces livres qui nous prenaient le corps et l’esprit, mais dans cette réalité qui nous entoure et dont chaque jour un corps, un œil, un bras, une peau d’ici ou de là-bas en porte le témoignage et en fait l’amère expérience.

La nature n’engendre pas de monstre, car rien dans ce qu’elle nous révèle ne peut nous permettre de parler de monstruosité. Tout ce qui naît, tout ce qui est créé par la nature porte son empreinte, sa cohésion accidentelle mais infiniment organique. Le monstre fait donc partie de nous-mêmes et nous sommes les géniteurs de la monstruosité.

Une Réponse à “Monstruosité sarkozienne”

  1. agapee dit :

    D’accord avec ce texte , nous sommes les créateur de notre devenir …
    A plus

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