Onfray : la puissance d’exister (critique)
Michel Onfray, La puissance d’exister ; Editions Grasset
Ni philosophe, ni écrivain, simplement lecteur, j’aime trouver dans les livres une réponse à mes interrogations concernant le monde qui m’entoure. « Le lecteur, lui, cherche dans les œuvres de quoi donner sens à son existence. Et c’est lui qui a raison » écrit Todorov dans « La littérature en péril ». Dans ce livre, rien de tout cela. Pourquoi en parler donc ? Justement parce que ce livre donne l’impression de répondre à nos interrogations existentielles alors que tout demeure en suspend. Sous le titre de cet ouvrage quelque peu ronflant au regard de ce qu’il contient, la philosophie hédoniste sous-jacente à l’ensemble n’apporte rien de nouveau sur le plan des idées. Juste l’affirmation qu’elle est nécessaire, mais sans la démonstration, ce qu’on aurait été en droit d’attendre de la part d’un philosophe. L’analyse du livre en sa globalité n’apportant rien, je m’en tiendrai à quelques exemples pris dans chacun des chapitres pour montrer le superficiel décelé chez cet auteur mêlant allégrement tout et n’importe quoi :
1) Dénonciation de l’omniprésence de Platon dans l’histoire de la philosophie, de son hégémonie, de son audace à vouloir brûler les livres de Démocrite, d’être ainsi « un philosophe inventeur de l’autodafé moderne… » ! Que dit Onfray sur cette constatation ? Rien, il se contente de ressortir quelques vérités toutes faites, connues… Mais il aurait pu, entre autres, parler de l’influence de Platon sur le christianisme qui trouva dans ses écrits au travers de l’idéalisation de l’âme et de la beauté un terrain propice à son développement : « Il préparait la voie à l’éthique religieuse » écrit Kropotkine dans son Ethique (1921) ;
2) Dans le chapitre consacré à une Ethique élective, dont on aurait aimé qu’il nous précise la teneur, du mot « Ethique » d’une part, et « élective » d’autre part, il souhaite « un athéisme postchrétien » : cela consiste à conserver le principe acquis de la dangerosité de Dieu puis à démonter les valeurs héritées du Nouveau Testament. Comment peut-on se révéler athée en conservant Dieu tout en récusant la religion ? Que devient un athée sous la plume d’Onfray ? Qui se retrouve en situation de « post-chrétien » ? Pour des explications plus rationnelles et sérieuses sur les dieux, dont celui-là fait partie, je lui (vous) conseille de lire « Et l’homme créa les dieux » de Pascal Boyer.
3) Dans le troisième chapitre qui relève du concept de la famille, dont on connait l’ambivalence, filiale d’une part, économique d’autre part, et dont il est difficile de se défaire, Onfray a cette réponse toute personnelle sur la personne douée pour élever des enfants : « Seul le célibataire aimant supérieurement les enfants voit plus loin que le bout de son nez et mesure les conséquences à infliger la peine de vie (joli retournement mais creux) à un non-être » !? Pourquoi un célibataire ? Qu’entend-il par « supérieurement » ? Et « non-être ? etc…
4) Ce chapitre consacré à l’Art ne dit rien de son évolution, hors mis dit Onfray : « je nomme donc art contemporain l’art qui suit le premier Préfait » (à savoir l’urinoir de Déchamp) mais ce Préfait est-ce de l’Art, encore de l’Art ? Pourquoi cette date ? On peut s’interroger, mais Onfray préfère parler du Beau, parce que cela rassemble le commun des mortels mais oublie la vérité, l’art pour l’art, toutes ces notions qui ont interrogé et interrogent les philosophes, les artistes, les sociologues. Quant à l’Art contemporain, si Paul Virilio pense qu’il faut résister à l’arrogance des arts moteurs (cinéma, télévision, simulations informatiques etc.) Michel Onfray se situe dans la post-modernité (il aime ce mot : post…) avec « des artistes qui travaillent sur le clonage, le génie génétique, la transgénèse… qui, pour en être post-modernes n’en sont pas moins artistiques » ? Sur l’Art, on pourra lire avec intérêt « Discours sur l’horreur de l’art » de Paul Virilio et Enrico Baj, ou « La crise de l’art contemporain d’Yves Michaud.
5) « Que suppose dépasser l’Humain ? Non pas la fin de l’humain, l’inhumain ou le post-humain, mais le post-humain qui conserve l’humain tout en le dépassant. » écrit Michel Onfray ! Quid ? Ceci résulterait de l’utilisation de la transgénèse et de l’eugénisme libertaire… Je n’ajouterai rien sauf qu’il me semblerait préférable de lire « Connaître est agir » de Michel Benasayag qui montre une autre voie, totalement humaine, pour accéder à une autre vision de soi-même et du monde ; ou encore « Avoir ou être » d’Eric Fromm.
6) Sous ce titre « Une politique libertaire », j’espérais enfin trouver un début de réponse à toutes les questions relevées au cours de cette lecture, mais rien n’est venu… sauf cette question d’Onfray : « Que faire ?….. » Pas une seule fois le mot anarchisme n’est prononcé sauf pour conclure : « Une société anarchiste ? Voilà une sinistre et improbable perspective. » Je l’invite à relire Proudhon, Bakounine, Chomsky, entre autres !
Enfin ce qui me laisse à penser, très sérieusement, que ce livre n’en est pas un, ou est tout sauf ce qu’il paraît être, car de multiples exemples auraient pu être donnés, concerne l’éthique elle-même de l’auteur. Je m’explique : dans la liste des noms des auteurs oubliés figure celui de Jean-Marie Guyan. Cet auteur n’existe pas, mais Marie-Jean GUYAU (1854-1888), oui ! Monsieur Onfray a-t-il relu son ouvrage ? Quelle que soit la réponse, à mes yeux, son discrédit est prouvé ! Ainsi lecteurs, si vous voyez ce livre, passez votre chemin !