Pages Insulaires

1 novembre, 2008

Violence et plénitude

parterreverbal @ 10:56

 

L’humanité étouffe, ensevelie sous le ressac de ses illusions qu’aucune mer ne peut ralentir ni alléger. L’humanité a vu l’horizon de ce rivage, elle a cru disposer du sable et du vent, de la poussière et de la roche, mais tout en elle l’a trahie et blessée, vulnérable au coeur même de sa demeure. Disséminée aux quatre coins du globe, nuée fragile et agile, peureuse et incontrôlable, elle s’est étoffée, musclée, semblable aux jeunes athlètes puis mise en confiance par ses premiers essais, elle a grignoté peu à peu son retard sur les autres espèces, les a dépassées, soumises, anéanties. Elle a fabriqué des contes et des légendes, des religions, des chants, des odyssées. Elle s’est crue issue des dieux qu’elle avait elle-même créés puis elle a abdiqué devant eux. Faible et lâche, perdue dans ses errances, elle n’a pas vu qu’en son sein, des hommes plus aguerris que la moyenne, plus rusés, plus sanguinaires, plus ambitieux que d’autres, pour la réduire, la tenir entre leurs mains, allaient profiter de ses peurs pour l’asservir comme dans sa globalité, elle le fit avec d’autres espèces. Ces hommes, alors, entretinrent la misère et la soumission, la rivalité, à mesure que l’humanité plongeait dans les abysses.

Où sommes-nous aujourd’hui, alors que tant de siècles ont passés, depuis qu’un premier visage a franchi le seuil de la caverne, que la souffrance et la misère sont les mêmes qu’hier, sinon plus profondes et plus cruelles parce qu’aujourd’hui nous lisons !? Que faisons-nous aujourd’hui, alors qu’après avoir conquis tous les espaces, nous voyons la terre s’épuiser, et le ciel se trouer, que notre oeuvre n’est pas immense, ni magique, mais qu’elle est à notre échelle et dérisoire parce qu’aujourd’hui nous calculons !? Que désirons-nous aujourd’hui, alors que toutes les espèces animales sont entre nos mains, qu’au gré de nos désirs, nous faisons ou défaisons la chaîne animale, que nous avons domestiqué le fer et le plomb, l’or, que pouvons-nous encore asservir qui ne nous soit pas inconnu alors qu’aujourd’hui nous pensons !? Que croyons-nous aujourd’hui, quand les mêmes pensées nous dirigent, que rien n’a pu nous élever au-delà de notre barbarie, que la technique si vantée, le progrès si adulé, ne donnent à quelques privilégiés rien de plus qu’un confort épidermique, tout en continuant de maintenir l’injustice, laissant de marbre notre cerveau, inutile bouche nourrie parce qu’aujourd’hui nous savons !? L’humanité n’est pas prête à se relever de ses abysses.

Demain que craindre de plus qui ne nous soit pas déjà arrivé, quelle pauvreté plus tenace peut-elle encore atteindre les milliards d’humains, quelle injustice plus grande, plus perfide parviendrait à entamer la résistance des cerveaux les plus conciliants, quelle maladie nouvelle décimerait plus d’habitants qu’il n’y en eut au cours des siècles passés ? Le genre humain peut demeurer serein et confiant dans son futur, aucun nihilisme ne peut le toucher tant son autisme est profond et durable. Originaire d’une multitude de communautés, l’humanité s’est regroupée pour ne plus devenir qu’une vaste mégalopole sociétale où tout le monde se croise, se bouscule, se réglemente, s’espionne, se mesure les uns aux autres dans l’indifférence générale. Le quotidien mobilisait autour de quelques tâches, parfois singulières, répétitives certes, souvent physiques, libres et sans objectifs, primaires comme ce à quoi l’homme est voué ; désormais il est soumis à la mesure de la performance, de la rentabilité. Ainsi il fallut l’industrialisation pour donner au travail la valeur de l’esclavage, non consécutif à un combat, à une rivalité, mais pour asseoir l’autorité de quelques puissants, accroissant la misère du corps au même titre que celle de l’esprit. Les enfants ne furent pas épargnés, le sont-ils moins aujourd’hui ?

Maintenant la violence se fait jour, latente encore, mais elle grimace sous les masques blanchis par la contrainte, la perfidie, le mensonge. La servitude, toujours dénoncée, n’est pas l’aiguille piquant au vif l’esprit pour qu’il s’en dégage. Elle est acceptée, tolérée, supportée, digérée, tant qu’elle demeure lascive sous la nécessité, malléable sous la menace. Mais quand tout se relâche, s’absente, s’égare, que cette servitude n’est plus récompensée, flattée, qu’elle ne porte plus en elle les traces de l’espoir, que rien n’émeut plus l’esprit qui s’offre à elle, elle s’efface. Elle devient pour tous une dictature, une armure, un supplice que les sens ne peuvent plus supporter. Comme il en porte les marques présentes, le pouvoir actuel se fourvoie dans sa rigueur et son entêtement, sa débauche de propagande et ses fausses incantations. Mais il a les armes, qu’elles soient réelles ou cachées, pour continuer à maintenir sous le supplice le quidam. Cependant meurt toute civilisation dont les maîtres, sans intelligence, ont oublié la loi de la gratitude. Les imposteurs, ceux qui détiennent les finances, les machines, les instruments, toute chose née du labeur de chacun des être humains, ont leur mainmise politique, sociale, technique sur la terre entière, et elle n’en est que plus tragique car elle est et sera l’aiguillon de la violence à venir.

Des livres des philosophes anciens, de ceux qui les suivirent et approfondirent leurs pensées, qu’avons-nous su retenir ? De quelle mesure sommes-nous maintenant la référence, sinon celle de la veulerie et de la lâcheté ? Que faisons-nous de ceux qui, plutôt que de chercher à rentabiliser leurs talents, passent au crible les sens de l’humain et en dévoilent les vérités ? Aucune véritable leçon n’a été retenue, et si nous nous enorgueillissons de si grands esprits, touchant à la perfection musicale, picturale, poétique, philosophique, nous laissons à de vulgaires hommes, plus méprisables les uns que les autres, le soin de diriger nos affaires. Nous louons autant les véritables paroles que les fausses, pourtant nous avons plus à craindre des secondes que des premières. Que voit-on défiler sous nos yeux présentement, si ce n’est l’abandon de toute réflexion, l’apologie de la technique, la perte du sens culturel au fur et à mesure que le champ consumériste s’étend !? Mais plus encore sont d’une nature terrible et tragique, l’effacement total du sens critique ou de l’éducation artistique, l’extinction de la recherche philosophique, la perte de l’interrogation, de la curiosité ! Des voix plus grossières les unes que les autres, celles de saltimbanques, de journalistes, d’imposteurs médiatiques en tous genres faisant office de penseurs, masquent, recouvrent par leur abrutissant spectacle les rares voix tentant encore de survivre à ce monde écorné. Des abysses, l’humanité aime à se faire l’entremetteuse.

Le monde, en perpétuel conflit avec lui-même, comme l’homme habité des plus ineffables contradictions, ni l’un ni l’autre ne veulent, ne parviennent à les assumer. L’odeur de la faiblesse est agréable aux yeux des despotes. L’humanité veut vivre, peut vivre de rien. Hier la nature, parfois, poussait des peuplades, des tribus à migrer pour rechercher de nouvelles terres, de nouvelles ressources, mille raisons les guidait. Maintenant, la main de l’homme commet les pires forfaits, créant le vide, l’absence, la famine, car nul territoire ne peut plus être un nouveau havre. A force d’irriter les plaies, de souffler le faux et la chimère aux oreilles de chacun, l’absurde et le dérisoire, de sacrifier les sens à la technique, l’humanité perd volonté et espoir, elle s’épuise en écoutant les fariboles ecclésiastiques et les contes capitalistes. De ses abysses, l’humanité, inconsciente de ce qui la meut et des forces qu’elle possède, voit la violence prendre peu à peu les traits de l’avenir. Si nul ne parvient à redonner à la vie la plénitude de l’infini, l’insouciance de l’avenir, l’humanité entrera en guerre contre elle-même.

Laisser un commentaire

passionbulgarie |
aboubakry |
ECOLE NORMALE DE FILLES D'O... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | La vie secrète des cactées
| RENNES STREET STYLE
| Ma classe maternelle 2008/2009