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16 janvier, 2010

Vive l’économie !

parterreverbal @ 11:13

Les apparences ne sont pas trompeuses, elles recèlent en elles une réalité qui est inaccessible à l’immédiat de notre perception. De même que l’habit fait bien le moine, car rien n’est négligeable dans la vie d’un individu. L’une et l’autre de ces maximes ne sont certes pas dénuées de fondements et l’esprit qui les a pensées a vu l’homme mieux que quiconque. Pourtant tout est source ! Rien n’est anodin, rien n’est anonyme, rien ne s’écrit ou ne se fait sans que chemine une eau souterraine qui jaillisse un jour ou l’autre. 

Mais notre monde est celui de l’illusion, et il l’est devenu peu à peu en transposant ce que nous pensions ou apercevions, même confusément, vers un lointain insoupçonné pour notre perception. Notre maîtrise s’en est trouvée distendue au profit d’entités, groupes, cercles, parlements… toujours à même de profiter du pouvoir qui leur était octroyé, même si désormais ce pouvoir n’est plus qu’un leurre, tant celui-ci s’est trouvé dilué entre plusieurs mains. En effet les organismes internationaux ne sont plus des assemblées issues d’élections, mais sont garnis de fonctionnaires cooptés par les gouvernements. Les décisions prises par ces derniers n’ont souvent que peu de rapports avec les attentes de l’homme de la rue, et les « messages » transmis du peuple au parlement, au travers des manifestations, grèves, élections, puis de quelques membres à d’autres représentants non élus se diluent, s’évaporent, se perdent, s’égarent, pour finalement s’effacer malgré le masque démocratique dont se parent ces organismes. Cet écart est d’autant plus désespérant pour la population qu’il n’y a plus aucun interlocuteur visible et que cette distance mise en place altère, non seulement l’impression de ne pas maîtriser des évènements, mais désempare l’individu qui se sent abandonné. Sa vie passe par des intérêts pour lesquels il ne voit, ni ne partage en rien la nécessité profonde et vitale. On le ballotte d’une vérité ou disons, d’un faux-semblant à un autre, d’un leurre à un autre leurre, sans qu’il lui soit permis d’intégrer cet espace décisionnel, ou même simplement d’y faire entendre sa voix. D’ailleurs entre les prises de décision et les attentes ne se reflètent guère une nécessité de terrain. Elles répondent davantage à des objectifs généraux, dont nul ne sait si leur effectivité est bonne ou pas, même parmi ceux qui les reprennent à leur compte. On a depuis peu dit que l’homme s’est éloigné de la nature. On a fait ce constat. Si ceci est vrai, et je n’en doute pas, il est encore plus regrettable que par son organisation qui est maintenant la sienne, non seulement l’homme en s’éloignant de ses semblables, par les rapports entretenus désormais au travers de ces sphères décisionnelles, s’éloigne de lui-même. La terre n’est donc plus qu’un immense empire, comme jamais il n’en eut, aux mains de quelques dévots de la finance, dont le visage est dissimulé dans ces assemblées où tout ce qui s’y discute n’est plus qu’une vaste illusion démocratique. 

Ainsi nous avons sombré peu à peu dans l’abandon, l’abandon humain, de celui qui s’oublie, se gomme, se virtualise, pour reprendre un mot à la mode. Cet abandon est la séparation de notre part d’être. Et entre soumission et acceptation, le choix est maigre. La lucidité ne se rencontre plus que chez de très rares êtres qui ont conscience de subir mais ne conservent leur droit de critique, c’est-à-dire de discussion, qu’au prix d’une mise à l’écart, voire d’une avalanche de contre-informations diluant ces critiques dans le vase consensuel de la communication. La langue de bois, encore bien usitée par les politiques, – dont on se demande si vraiment ils sont la matière grise de leur pays ou bien si leur esprit n’est pas qu’une mélasse chaude et visqueuse au service de leur frénétique ambition ?!, – est dépassée et remplacée par la langue boulimique : portables, messagerie, publicité, journaux télévisés etc. qui sont les pires avatars de notre société. C’est ainsi qu’aujourd’hui le pouvoir n’apparaît plus au quidam que comme une vaste supercherie, une chimère, un royaume où seuls quelques initiés sont conviés ! Le pouvoir de celui ou celle qui croit encore le détenir, et conféré par la loi (élections par exemple), a été abandonné en tant que principe selon lequel l’ensemble du peuple pouvait instruire la marche de la société dans laquelle il évoluait. Il ne reste donc plus rien, ni principe, ni application. Mais le véritable pouvoir, en fait, est celui que l’on inaugure à chaque instant par notre pensée et nos actes. Nous ne croyons plus en nous, dans notre dimension collective où l’individu se gouvernant lui-même gouverne le monde. 

La cause de ce constat est affligeant, banal, consternant et se situe, dans ce que j’appellerais le pourtour des lèvres, ce coin saillant de celles-ci qui sépare la bouche du reste du visage, ce filet de la peau qui ne peut offrir à d’autres lèvres que l’illusion du baiser. L’économie est ce pourtour des lèvres, qui sépare la vraie vie de l’autre, de la vie médiocre, qui empêche l’homme d’embrasser à pleines mains la vie et qui l’assoit dans le confort quand il fait partie des nantis, dans la peur quand il est parmi les plus démunis ! L’économie est ce jouet futile de l’homme, son imbécilité première qui caractérise sa petitesse et étroitesse d’esprit. L’économie est le pire des totalitarismes humains et son emprise est à briser ! De toutes les communautés humaines, comment cette « chose » qu’est l’économie, et telle que nous la subissons aujourd’hui, a pu devenir si destructrice pour l’humain, autant d’un point de vue de la chair que de l’esprit ?! Il ne me semble pas qu’il ait existé dans d’autres civilisations un exemple aussi flagrant que celui qui s’est formé sous nos yeux d’occidentaux. Car posons la question : qu’est-ce que l’économie ? C’est un ensemble de règles, plus ou moins acceptées tacitement, reposant sur la confiance, permettant l’échange de biens et de services. Tout d’abord, il est à remarquer que les règles énoncées ne sont pas des lois (même s’il en existe, leur intérêt est souvent dans le sens du plus fort, ou ayant la vertu de ne pas entraver les entreprises de celui-ci !), mais simplement des consignes à observer entre personnes « de bonne éducation économique ». Ensuite, celles-ci, si nous avons à faire à une personne indélicate, comme il en existe dans ce milieu, doivent être observées mais sans obligation contraignante, mais la loi du plus fort, forcément, s’exercera inévitablement (on posera la question aux pays africains pour leur cacao et autres denrées s’ils ne sont pas plus que contraints, par exemple ?) ! Confiance, accord tacite, l’économie n’est en fait qu’une civilité à observer comme lorsque l’on croisait naguère quelqu’un et qu’on lui disait « bonjour » ! En conclusion, l’économie sert à échanger. On parle de biens ou de services, mais les « économies parallèles » (drogue, prostitution…) échangent contre leur enrichissement la vie d’humains, et de grandes entreprises n’hésitent pas à maintenir en état de quasi-esclavage des enfants pour la fabrication d’un tas de choses, pour parler péjorativement ! Le terme « échanges » n’est pas sans intérêt non plus, ni malversations. En effet, si l’on parle bien d’échanges, ceux-ci ne sont plus, comme vous le savez, sujet au troc mais à leur mise en valeur et donc échangés contre de la monnaie, laquelle d’ailleurs ne repose que sur la confiance ! On aura ainsi fait le tour de la supercherie ! Et s’il existe un leurre dans le monde actuel, c’est bien l’argent. N’entend-on pas dire, ça et là, que l’argent ne vaut plus rien. Il n’a jamais rien valu, sauf la confiance que vous lui accordez ! Et elle est immense, supérieure à tout et même l’église (quelle que soit sa tradition) n’a jamais hésité à participer à cette mascarade financière ! L’argent, l’économie, tout ceci est lié, plus que le nœud d’une ficelle trempée dans l’eau, que nul ne songe à remettre en cause ces fausses institutions ! Alors je ne m’attarderais pas sur les effets dévastateurs de ce qu’on appelle communément le « règne de
la Marchandise », issue du mariage sanctifié par tous les pouvoirs de la planète entre l’argent et l’économie, ni sur toutes les consignes des experts économiques qui sévissent tant auprès des organismes internationaux que dans des officines privées pour le compte de tel ou tel institut ou administration. Leur incompétence est à la hauteur des échecs (ac)cumulés au cours des décennies et comme chacun sait, il est plus facile de prédire un avenir par l’astrologie que dans une bulle économique ! La pollution, le chômage, la mondialisation avec ses conséquences guerrières relèvent tous de la sphère économique. Il faut détruire l’économie et ceux qui la font, et ne pas se tromper de cible. Anéantir l’économie, c’est s’enrichir soi-même de toutes les substances qui nous font des êtres humains. Pourquoi ne pas prôner la philosophie, l’art, la culture comme fondements de toute société ? Cesserions-nous de boire, de manger, de dormir pour autant ? Détruire l’économie ne signifie pas lui substituer une autre économie, qu’elle soit marxiste, auto-gestionnaire ou autre, mais ôter toute mesure entre les actes de l’homme et les rendre parfaitement égaux. Un fermier qui produit du lait vaut le mécanicien qui répare un train, ou un instituteur qui enseigne l’histoire vaut le physicien qui découvre un atome ! Le poète l’a écrit, mais se figure-t-on un poète repensant l’économie ? N’est-on pas en droit, et en devoir de procéder à ce renversement de tendance, qui signifierait une production à la mesure de nos besoins. Le malaise économique est l’un des plus simples à résoudre, car il montre toute la faiblesse humaine et son manque de courage. Quoi de plus simple que de forer, de transmettre des informations, d’établir des liaisons ferroviaires, même s’il a fallu inventer ces choses !? Celles-ci ne sont pas en cause mais leur application et leur facteur multiplicateur d’objets privés les rend néfastes pour l’homme. L’appropriation de ces objets engendre le profit et tout ce que nous observons aujourd’hui. Il est donc temps de faire disparaître l’économie de la surface du globe, de vivre pour embrasser la vie, de vivre pour entendre les battements de son coeur, de vivre pour irriguer son esprit et celui des autres, et de vivre apaisé même dans la souffrance. 

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