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2 juin, 2013

Voltairine de Cleyre, d’espoir et de raison

parterreverbal @ 17:00

Ce livre représente l’essentiel des conférences et des articles écrits par Voltairine de Cleyre, et réunis ici par Norman Baillargeon et Chantal Santerre. Ce livre a été publié aux Editons Lux en 2008. J’avoue n’avoir découvert cette anarchiste que depuis peu et que s’il est fait souvent mention d’Emma Goldmann, Voltairine de Cleyre mérite autant sinon plus que l’on s’attarde sur ses écrits. Pour avoir lu la première, je trouve la seconde beaucoup plus crédible et saillante dans ses interventions, mais je n’irai pas au-delà de ce constat très personnel, tant l’un et l’autre ont de la vie, une analyse perspicace et toujours aussi vraie.

Ce livre rassemble donc les conférences données par l’auteure, comme à cette époque cela se faisait (Emma Goldmann fut connue grâce à un tribun remarquable, sachant attirée l’attention des foules), et si Voltairine de Cleyre eut moins de reconnaissance, cela est sans doute du à ses analyses beaucoup plus poussées et à sa parole plus complexe que celles de ses contemporains. Mais elle a analysé la société, le gouvernement, tous les rouages de la société dans laquelle elle vivait avec une acuité, une lucidité sans égal. Elle ne fut pas, comme Proudhon ou, Bakounine ou Kropotkine, une théoricienne de l’anarchie, pourtant ses discours relèvent d’une profonde philosophie et d’une extrême clairvoyance. L’anarchie, comme le mouvement féministe, lui doivent beaucoup sans qu’une relation directe soit attribuée à ses écrits. La fait d’être américaine a peut-être nuit à sa notoriété.

Cependant Voltairine de Cleyre montre qu’elle sait analyser le système capitaliste naissant « … personne n’emploierait jamais qui que ce soit pour travailler pour lui à moins de pouvoir recevoir plus de son travail que ce qu’il devra le payer !! » Cela fut vrai et ça l’est encore plus aujourd’hui ! On lira également avec application et émotion le chapitre I traitant de « la pensée économique de la libre pensée » dont la démonstration devrait être rappelée à nos gouvernements actuels et que « la véritable économie doit se fonder sur la liberté » !!!

Voltairine de Cleyre était non-violente, comme la plupart des anarchistes d’ailleurs. Emma Goldmann partageait ce principe. Pourtant, elle comprenait la violence, ou l’acte commis, comme l’assassinat de McKinley car il n’était pas le fait de la volonté d’un homme mais dont la responsabilité incombe à « cet état de la société qui crée des hommes de pouvoir et de cupidité ». McKinley en est le parangon et son assassinat, pour illégitime qu’il soit, en est la démonstration. Alexander Berkmann tenta d’assassiner Frick, le patron d’une entreprise qui avait pris des mesures indignes contre les ouvriers, expulsant nombre d’entre eux de leurs maisons appartenant à cette société. Son acte fut héroïque en soi, mais ne changea rien au cours des choses. Comme l’écrit Voltairine de Cleyre : « Dans la mesure où l’anarchisme cherche à éveiller la conscience face à la répression, le désir d’une société meilleure et le sentiment de la nécessité d’une guerre incessant contre le capitalisme et l’Etat, (qui) sont les deux auteurs de ces crimes non reconnus mais porters de vengeance… »

Il y aurait encore beaucoup à dire sur ce livre, comme ce que Voltairine de Cleyre pensait de l’égalité entre les femmes et les hommes avec une acuité est sans pareille : « Droits naturels ! Ils n’existent pas. Tous créés égaux ! Absurdité. » Chacun ferait bien d’y songer davantage en ces jours où la démagogie est maîtresse ! Je soulignerai, d’une part, son article sur « la littérature, miroir de l’humanité » dans lequel elle écrit que « les grands poèmes du mont ont déjà été composés, ils ont chanté leur chant et sont partis à côté » !! N’est-ce pas une évidence trop lucide à comprendre pour celui qui ne cherche que le plaisir et le gain immédiats ? Quant à ses poèmes, nombre de poètes contemporains devraient les méditer tant leur engagement et leur souffle sont d’une acuité prodigieuse !

Un livre à méditer, à lire et relire et qui offre une perspective de « remplacer ce système injuste par un système plus juste… », avec, pour terminer, ce bel hommage d’Emma Goldmann envers Voltairine de Cleyre : « Sa conscience s’était éveillée, comme la mienne, au moment de l’assassinat légal de Chicago1… A Philadelphie, je lui rendis visite. Elle était malade, au fond de son lit, et je trouvai merveilleux de sa part de s’être levée pour venir me soutenir dans ce meeting2. J’étais fière de l’avoir pour camarade. » (in De l’amour et des Bombes, Emma Goldmann, André Versailles Editeur).

1. Huit hommes, innocents d’un attentat, furent déclarés coupables dont cinq furent pendus (Massacre de Homestead à l’origine de la fête du premier Mai anarchiste)

 

2. Meeting de Philadelphie où Voltairine de Cleyre protesta violemment contre l’arrestation d’Emma Goldmann.

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